Principes
Mes opinions politiques s'appuient principalement sur les trois principes de la République française : liberté, égalité et fraternité.
Je ne traite pas ces principes comme des slogans indépendants.
Ils se contraignent mutuellement et ne prennent leur sens que lorsqu'ils sont considérés ensemble.
La liberté sans conditions matérielles peut devenir largement théorique.
L'égalité sans liberté peut devenir coercitive.
La fraternité sans responsabilité institutionnelle peut rester une déclaration morale vide.
Mes positions politiques cherchent donc à équilibrer ces principes tout en prenant au sérieux les données scientifiques, les contraintes techniques, la légitimité démocratique et les limites physiques de long terme.
Liberté
Les individus devraient être libres d'organiser leur vie selon leurs propres valeurs tant qu'ils ne causent pas de tort significatif à autrui.
La liberté personnelle devrait être la règle.
Les restrictions devraient être justifiées.
Ce principe comprend :
- la liberté d'expression ;
- la liberté d'association ;
- la liberté de conscience ;
- la vie privée ;
- la liberté de religion ;
- la liberté vis-à-vis de la religion ;
- l'autonomie personnelle ;
- la liberté de communiquer de manière sécurisée.
Les institutions politiques devraient protéger les citoyens contre le pouvoir arbitraire de l'État.
Elles devraient également les protéger contre les concentrations excessives de pouvoir privé lorsque celles-ci limitent la liberté réelle.
La liberté n'est pas préservée simplement en réduisant l'État.
Une personne peut aussi perdre sa liberté effective du fait de l'insécurité économique, d'un monopole, d'une dépendance technologique, d'un manque d'accès aux soins, d'un manque d'éducation ou de l'absence de logement.
Liberté effective
Les droits formels sont nécessaires mais insuffisants.
Une personne qui possède un droit mais ne dispose pas des moyens pratiques de l'exercer ne jouit pas de la même liberté qu'une personne qui peut effectivement en faire usage.
L'accès à :
- la santé ;
- l'éducation ;
- un logement ;
- les transports ;
- la protection sociale ;
- l'information ;
- les infrastructures numériques ;
peut donc accroître la liberté individuelle.
Les institutions publiques devraient fournir les conditions matérielles nécessaires pour que les droits deviennent concrets plutôt que purement théoriques.
Égalité
Je soutiens l'égalité devant la loi, l'égalité des chances et une réduction substantielle des inégalités économiques excessives.
Les circonstances de la naissance ne devraient pas déterminer l'accès à l'éducation, aux soins, à l'influence politique, à la culture ou à la sécurité économique.
L'État devrait donc réduire activement les inégalités qui empêchent les personnes de disposer d'opportunités comparables.
Cela exige davantage que l'égalité juridique formelle.
Cela exige des services publics solides, une fiscalité progressive, une protection sociale et des institutions capables de limiter les concentrations excessives de richesse et de pouvoir.
Égalité des chances
L'égalité des chances doit être prise au sérieux.
Il ne suffit pas de déclarer que chacun peut concourir si certaines personnes commencent leur vie avec un accès immensément supérieur à l'éducation, au patrimoine, aux réseaux, au logement ou à la sécurité.
Les politiques publiques devraient donc réduire la mesure dans laquelle le patrimoine hérité et l'origine sociale déterminent les possibilités futures.
L'éducation est particulièrement importante, car elle est l'un des principaux mécanismes par lesquels l'égalité des chances peut devenir réelle.
Limiter les inégalités excessives
Les inégalités économiques deviennent politiquement significatives lorsqu'elles produisent un accès inégal au pouvoir.
De très fortes concentrations de richesse peuvent influencer :
- les institutions politiques ;
- les médias ;
- les marchés ;
- le logement ;
- l'emploi ;
- les infrastructures technologiques.
La fiscalité progressive, la taxation des successions, les services publics et la protection sociale sont donc des outils démocratiques légitimes.
L'objectif n'est pas une égalité complète des résultats.
Il est d'empêcher que l'inégalité économique ne se transforme en domination politique et sociale permanente.
Fraternité
Une société a des responsabilités collectives envers ses membres.
Les personnes n'existent pas indépendamment des institutions, des infrastructures, des connaissances et des générations précédentes qui rendent leur vie possible.
La fraternité exige donc de la solidarité.
La santé, l'éducation, la protection sociale, le logement, les infrastructures publiques et le soutien en cas de chômage ou de difficulté ne devraient pas être traités comme de simples marchandises individuelles.
Une société devrait protéger les personnes contre des risques qu'aucun individu ne peut raisonnablement gérer seul.
Solidarité intergénérationnelle
La fraternité s'applique aussi à travers le temps.
Les générations présentes ne devraient pas améliorer leur situation matérielle en dégradant irréversiblement les conditions environnementales, technologiques, institutionnelles ou économiques transmises aux générations futures.
La protection environnementale de long terme, la maintenance des infrastructures, la recherche scientifique, l'éducation et la préservation des connaissances sont donc des formes de solidarité intergénérationnelle.
Démocratie
Le pouvoir politique devrait rester responsable devant les citoyens.
La démocratie représentative est nécessaire, mais les élections seules ne suffisent pas.
La légitimité démocratique exige :
- un contrôle parlementaire ;
- la séparation des pouvoirs ;
- une justice indépendante ;
- la liberté d'expression ;
- le débat public ;
- l'accès à l'information ;
- la participation citoyenne ;
- des référendums lorsque cela est approprié.
Les institutions politiques devraient être conçues de manière à ce que le désaccord et la critique restent possibles.
Un système démocratique ne devrait pas concentrer un pouvoir excessif dans une seule fonction exécutive.
Participation démocratique
Les citoyens devraient pouvoir participer aux décisions politiques entre les élections.
Cette participation devrait être réelle plutôt que décorative.
Lorsque les institutions consultent les citoyens, les résultats devraient pouvoir influencer le processus de décision.
La participation démocratique devrait également distinguer la compréhension de l'adhésion.
Un citoyen peut comprendre une proposition et la rejeter.
À l'inverse, une proposition que de nombreux citoyens ne peuvent pas comprendre ne devrait pas simplement suivre son cours comme si ce manque de compréhension était sans importance.
Transparence
Les institutions publiques devraient être transparentes par défaut lorsque le secret n'est pas légitimement nécessaire.
Les citoyens devraient pouvoir comprendre :
- comment les décisions sont prises ;
- quelles preuves ont été utilisées ;
- qui a conseillé les décideurs ;
- comment l'argent public a été dépensé ;
- quels intérêts ont influencé une décision ;
- comment les systèmes numériques traitent l'information publique.
La transparence devrait s'appliquer aux institutions politiques, au conseil scientifique, à la commande publique et aux infrastructures technologiques.
Le rôle de l'État
Je soutiens un État fort là où l'action collective est nécessaire.
L'État ne devrait pas se limiter à corriger les problèmes après l'échec des marchés.
Dans certains domaines, il devrait directement organiser, financer, posséder, réguler ou exploiter des systèmes essentiels.
Cela est particulièrement important pour :
- la santé ;
- l'éducation ;
- la recherche ;
- l'énergie ;
- le ferroviaire ;
- les télécommunications ;
- le logement ;
- les infrastructures stratégiques.
L'État devrait être fort lorsque la capacité collective importe et contraint lorsque la liberté individuelle est en jeu.
Un État puissant sans contrôle démocratique est dangereux.
Un État faible incapable de protéger les biens publics l'est également.
Services publics
Les services publics essentiels devraient être évalués selon la valeur qu'ils apportent à la société plutôt que selon leur capacité à générer un profit financier.
Un hôpital, une école, un chemin de fer ou un laboratoire de recherche peuvent produire une immense valeur sociale sans produire de rendement commercial.
Les politiques publiques devraient donc distinguer clairement rentabilité financière et utilité sociale.
Toute institution utile ne devrait pas être forcée à fonctionner comme une entreprise.
Propriété publique stratégique
Certains secteurs sont trop importants pour être gouvernés uniquement par la propriété privée et les incitations de marché à court terme.
La propriété publique ou un contrôle public fort peuvent être légitimes lorsqu'une activité est stratégiquement importante, constitue une infrastructure essentielle ou exige des horizons d'investissement mesurés en décennies.
À l'échelle européenne, ce principe peut justifier des institutions publiques communes ou des entreprises publiques dans des secteurs stratégiques.
La propriété publique devrait être jugée selon sa capacité à fournir des services résilients, efficaces, accessibles et démocratiquement responsables.
Europe
De nombreux problèmes politiques ne peuvent plus être résolus efficacement par les États européens agissant seuls.
Je soutiens donc une Union européenne plus forte et plus fédérale.
L'intégration européenne devrait accroître la capacité d'action de l'Europe dans des domaines tels que :
- la défense ;
- l'énergie ;
- la science ;
- l'industrie ;
- les infrastructures numériques ;
- la politique environnementale ;
- la fiscalité ;
- l'investissement stratégique.
Cependant, davantage de pouvoir européen doit s'accompagner d'un contrôle démocratique renforcé.
Une Europe plus puissante devrait aussi être une Europe davantage responsable.
Souveraineté
La souveraineté signifie la capacité pratique de prendre des décisions indépendantes.
Elle ne se limite pas à l'autorité juridique formelle.
Un pays ou une union politique ne peut pas être pleinement souverain si des technologies, infrastructures, sources d'énergie, capacités de défense, systèmes financiers ou capacités industrielles essentiels peuvent être contrôlés depuis l'étranger.
L'autonomie stratégique devrait donc inclure :
- la capacité industrielle ;
- la compétence technologique ;
- les infrastructures scientifiques ;
- la sécurité énergétique ;
- la capacité de défense ;
- l'indépendance numérique.
La souveraineté devrait rendre la coopération plus équilibrée, et non remplacer la coopération par l'isolement.
Liberté des utilisateurs et souveraineté technologique
La souveraineté technologique ne s'obtient pas simplement en remplaçant un fournisseur propriétaire étranger par un fournisseur propriétaire européen.
La propriété européenne ne suffit pas ; le contrôle européen et la liberté des utilisateurs comptent également.
Les utilisateurs et les institutions devraient conserver la capacité de :
- inspecter ;
- auditer ;
- modifier ;
- migrer ;
- maintenir ;
- interopérer ;
- changer de fournisseur.
Pour cette raison, le logiciel libre, les standards ouverts, l'interopérabilité et les formats ouverts sont des questions politiques autant que techniques.
Argent public, biens publics
Lorsque de l'argent public finance des connaissances, des logiciels, des infrastructures ou de la recherche, les actifs produits devraient rester aussi accessibles au public que raisonnablement possible.
L'investissement public devrait créer des communs qui s'accumulent au fil du temps.
Ce principe s'applique particulièrement :
- aux logiciels ;
- aux publications scientifiques ;
- aux données de recherche ;
- aux standards ;
- aux jeux de données publics ;
- à la documentation technique.
Des exceptions peuvent exister pour la vie privée, la sécurité ou des raisons industrielles légitimes, mais l'enclosure ne devrait pas être l'issue par défaut d'un financement public.
Science
Les décisions politiques devraient respecter les connaissances scientifiques.
La science ne peut pas déterminer les valeurs politiques, mais elle peut identifier des contraintes physiques, estimer des risques, tester des affirmations et comparer des alternatives techniques.
Les institutions politiques devraient donc intégrer une expertise scientifique indépendante dans la prise de décision.
L'incertitude scientifique devrait être communiquée honnêtement.
Elle ne devrait être ni dissimulée ni utilisée comme prétexte pour ignorer des preuves solides.
Savoir ouvert
La connaissance progresse lorsqu'elle peut être examinée, critiquée, reproduite et améliorée.
Je soutiens donc :
- la science ouverte ;
- l'accès ouvert ;
- le logiciel libre ;
- les standards ouverts ;
- la recherche reproductible ;
- les données publiques lorsque cela est approprié.
Les connaissances financées sur fonds publics ne devraient pas devenir inutilement inaccessibles derrière des barrières commerciales ou techniques.
Reproductibilité
Les affirmations devraient être auditables lorsque c'est possible.
En science, cela signifie des méthodes, données, logiciels et expériences reproductibles.
En technologie, cela signifie des systèmes documentés, des interfaces ouvertes et une vérification indépendante.
En démocratie, cela signifie des procédures transparentes et des infrastructures numériques auditables.
La reproductibilité constitue une défense générale contre l'autorité opaque.
Environnement
Les sociétés humaines fonctionnent dans des contraintes physiques et écologiques.
Les systèmes économiques n'existent pas indépendamment de l'énergie, des matériaux, des sols, de l'eau, des écosystèmes et des infrastructures.
La préservation de l'environnement doit donc contraindre la politique économique plutôt que d'être traitée comme une correction facultative ajoutée ensuite.
Lorsque la croissance économique à court terme entre en conflit avec des dommages environnementaux irréversibles, la préservation devrait généralement primer.
Préservation des ressources
La ressource la plus durable est souvent celle qu'il n'est pas nécessaire d'extraire.
Entre des solutions fournissant une valeur sociale équivalente, la politique devrait généralement favoriser celles qui exigent moins de :
- matériaux ;
- énergie ;
- ressources non renouvelables ;
- sols ;
- cycles de remplacement.
La durabilité, la réparabilité, la réutilisation, l'efficacité et la sobriété devraient donc être des principes centraux de conception.
La réalité physique avant l'abstraction monétaire
La monnaie est un mécanisme utile de comptabilité et de coordination.
Elle n'est pas une ressource physique.
Toute économie dépend en dernière analyse :
- de l'énergie ;
- des matériaux ;
- des écosystèmes ;
- du travail ;
- des connaissances ;
- des infrastructures ;
- du temps.
L'analyse économique devrait donc rester reliée à la réalité physique.
Une solution financièrement peu coûteuse peut être physiquement gaspilleuse.
Un investissement financièrement coûteux peut économiser de l'énergie et des ressources pendant des décennies.
L'optimisation monétaire doit éclairer les décisions politiques, pas remplacer l'analyse physique.
Croissance
La croissance économique continue ne devrait pas être traitée comme l'objectif politique suprême.
La croissance peut parfois représenter de l'innovation utile, des connaissances, de l'efficacité ou de meilleurs services.
Elle peut aussi représenter davantage d'extraction, de consommation, de déchets et de pression environnementale.
L'objectif devrait donc être l'équilibre.
Une société qui réussit devrait viser à améliorer la qualité de vie, les connaissances, la sécurité, la liberté, les services publics et la résilience tout en restant dans les limites physiques.
Pensée de long terme
Les institutions politiques fonctionnent souvent sur des horizons plus courts que les systèmes qu'elles gouvernent.
Les infrastructures énergétiques, les écosystèmes, l'éducation, les capacités scientifiques, le logement, les compétences industrielles et la souveraineté technologique se développent sur plusieurs décennies.
Les politiques publiques devraient donc résister à la tentation de sacrifier la résilience de long terme à un avantage politique ou financier immédiat.
Les cycles électoraux courts ne devraient pas déterminer la durée de vie des infrastructures stratégiques.
Indépendance et coopération
L'indépendance et la coopération ne sont pas opposées.
L'Europe devrait coopérer avec les autres pays en science, commerce, diplomatie, culture et sécurité.
Cependant, la coopération devrait rester un choix.
Une dépendance critique envers une autre puissance réduit la capacité à prendre des décisions politiques indépendantes.
L'objectif devrait donc être la coopération sans dépendance.
Droit international
Le droit international devrait être appliqué de manière cohérente.
La commodité politique ou économique ne devrait pas déterminer si les principes juridiques sont jugés importants.
Les alliés, partenaires, concurrents et adversaires devraient être jugés selon les mêmes standards fondamentaux.
L'application sélective des principes finit par détruire leur crédibilité.
Ouverture à la révision
Les opinions politiques ne devraient pas devenir imperméables aux faits.
Mes positions reposent sur des valeurs, mais leur mise en œuvre pratique doit rester ouverte à la révision.
De nouvelles preuves, de meilleurs arguments, des changements technologiques ou des conséquences inattendues peuvent justifier de modifier une position politique.
Changer d'avis lorsque les faits changent n'est pas une faiblesse idéologique.
Cela fait partie d'une pensée politique rationnelle.
Idéologie et pragmatisme
Je ne pense pas que la politique puisse être réduite à une gestion technique neutre.
Les décisions politiques impliquent nécessairement des valeurs.
Choisir comment la richesse est répartie, quels droits sont protégés, quels risques sont acceptés et ce que la société considère comme important relève de choix idéologiques.
J'accepte donc la dimension idéologique de la politique.
Cependant, l'idéologie devrait fixer les objectifs, pas l'emporter sur la réalité.
Les politiques devraient toujours être confrontées :
- aux données empiriques ;
- aux connaissances scientifiques ;
- à la faisabilité technique ;
- aux contraintes physiques ;
- aux conséquences observées.
Les valeurs indiquent ce que nous voulons atteindre.
Les faits aident à déterminer si une politique y parvient réellement.
L'objectif
Mon objectif politique n'est pas une société organisée autour d'une valeur isolée.
Il est une société qui cherche à tenir ensemble :
- liberté ;
- égalité ;
- fraternité ;
- démocratie ;
- rationalité scientifique ;
- responsabilité publique ;
- préservation de l'environnement ;
- souveraineté technologique ;
- coopération internationale ;
- résilience de long terme.
Ces principes peuvent entrer en conflit.
La politique exige donc des arbitrages.
L'objectif de les énoncer explicitement n'est pas de prétendre que chaque problème dispose d'une réponse simple.
Il est de clarifier ce qui devrait guider ces arbitrages.