Relations internationales
La politique étrangère devrait partir d'un principe simple :
Les États poursuivent leurs propres intérêts.
La coopération internationale, les alliances, la diplomatie, le commerce et les échanges scientifiques sont précieux, mais l'Europe ne devrait jamais organiser sa sécurité ou sa prospérité en supposant qu'une autre grande puissance partagera durablement ses intérêts.
L'Europe devrait coopérer largement tout en conservant les capacités politiques, industrielles, technologiques, économiques et militaires nécessaires pour agir de manière indépendante.
Indépendance stratégique
L'Europe devrait être capable de défendre ses intérêts sans dépendance structurelle envers une autre grande puissance.
Cela exige de l'autonomie dans :
- la défense ;
- l'énergie ;
- les télécommunications ;
- les infrastructures numériques ;
- la production industrielle ;
- les matières premières critiques ;
- les infrastructures scientifiques ;
- les transports ;
- les systèmes spatiaux ;
- les produits pharmaceutiques ;
- les chaînes d'approvisionnement stratégiques.
L'autonomie stratégique ne signifie pas l'isolement.
Elle signifie que la coopération doit rester un choix, et non une nécessité imposée par la dépendance.
Les États-Unis
Les États-Unis sont un partenaire important, mais les intérêts européens et américains ne sont pas automatiquement identiques.
L'Europe devrait coopérer avec les États-Unis lorsque les intérêts convergent et agir indépendamment lorsqu'ils divergent.
Aucune alliance ne devrait obliger l'Europe à abandonner son propre jugement stratégique.
La dépendance envers les États-Unis pour la défense, les infrastructures numériques, les communications, le renseignement, les systèmes cloud, les technologies industrielles ou d'autres capacités critiques réduit la liberté d'action européenne.
L'Europe devrait donc développer progressivement la capacité d'opérer sans ces dépendances.
OTAN
L'OTAN a historiquement fourni un cadre de coopération militaire entre les pays européens et l'Amérique du Nord.
Cependant, l'Europe ne devrait pas rester durablement dépendante de l'OTAN pour sa propre défense.
L'objectif de long terme devrait être une capacité de défense européenne assez forte et autonome pour que l'Europe puisse se défendre sans dépendre des États-Unis.
À mesure que cette capacité se développe, l'Europe devrait pouvoir réexaminer sa dépendance à l'OTAN et, à terme, fonctionner indépendamment de celle-ci.
Une telle transition devrait être progressive et reposer sur l'existence de capacités militaires européennes crédibles plutôt que sur des déclarations politiques symboliques.
Défense européenne
Les pays européens devraient conserver leurs forces armées nationales tout en les coordonnant beaucoup plus profondément à l'échelle européenne.
La défense européenne devrait comprendre :
- une planification stratégique commune ;
- des exercices militaires conjoints ;
- des équipements interopérables ;
- une logistique partagée ;
- des achats coordonnés ;
- des standards de communication communs ;
- des capacités de renseignement partagées ;
- des structures de commandement conjointes lorsque cela est pertinent ;
- une cybersécurité coordonnée ;
- des moyens de transport stratégique partagés ;
- des programmes industriels communs.
Les institutions démocratiques nationales devraient conserver le contrôle des forces armées nationales.
La coordination européenne devrait apporter l'échelle et l'interopérabilité sans supprimer la responsabilité politique nationale.
Capacité industrielle de défense
L'autonomie militaire exige une autonomie industrielle.
L'Europe devrait conserver la capacité de concevoir, fabriquer, maintenir et remplacer ses propres systèmes de défense critiques.
Cela comprend :
- les avions ;
- les navires ;
- les systèmes terrestres ;
- les munitions ;
- les missiles ;
- les systèmes de communication ;
- les satellites ;
- les systèmes de cybersécurité ;
- les capteurs ;
- les radars ;
- l'électronique ;
- l'informatique sécurisée ;
- le transport stratégique.
La dépendance à des fournisseurs étrangers peut devenir une contrainte politique en temps de crise.
La politique européenne de défense devrait donc intégrer une stratégie industrielle de long terme.
Dépenses de défense
Une capacité de défense européenne autonome crédible nécessitera des investissements publics importants.
Les dépenses de défense devraient être évaluées selon les besoins stratégiques plutôt que selon une cible politique arbitraire.
Si l'Europe veut une véritable autonomie, elle doit financer les capacités nécessaires pour l'atteindre.
Ces investissements devraient de préférence renforcer les capacités industrielles, scientifiques et technologiques européennes plutôt que créer de nouvelles formes de dépendance extérieure.
Dissuasion nucléaire française
La France devrait maintenir une dissuasion nucléaire indépendante.
Les armes nucléaires restent un instrument exceptionnel et dangereux, mais l'indépendance stratégique fournie par une dissuasion autonome ne devrait pas être abandonnée tant que d'autres puissances nucléaires conservent des capacités comparables.
La dissuasion nucléaire française devrait rester sous contrôle politique et démocratique français.
La coopération européenne en matière de défense ne devrait pas exiger le transfert du contrôle ultime des armes nucléaires françaises aux institutions européennes.
Intervention militaire
L'intervention militaire à l'étranger devrait rester exceptionnelle.
Le recours à la force devrait exiger une justification forte et clairement formulée.
Parmi les justifications possibles :
- la défense directe du territoire national ou européen ;
- la défense d'un allié au titre d'un engagement clair ;
- la protection contre une menace majeure imminente ;
- la prévention de violences de masse extrêmes et immédiates ;
- un mandat international légitime.
L'intervention militaire ne devrait pas devenir un instrument ordinaire de politique étrangère.
Le résultat politique attendu, les conséquences civiles, la durée, la base juridique et la stratégie de sortie devraient tous être examinés avant le recours à la force.
Droit international
Le droit international devrait rester une référence centrale de la politique étrangère européenne.
La commodité politique ou économique ne devrait pas déterminer si le droit international est considéré comme important.
Les mêmes principes juridiques devraient être appliqués aux alliés, partenaires, concurrents et adversaires.
Une application sélective du droit international affaiblit sa légitimité.
L'Europe devrait donc être prête à critiquer des violations même lorsqu'elles sont commises par des partenaires stratégiquement importants.
Droits humains
Les droits humains devraient rester une composante importante de la politique étrangère.
Les intérêts économiques ne devraient pas automatiquement l'emporter sur les considérations juridiques fondamentales et les droits humains.
L'Europe devrait être prête à imposer des conséquences politiques ou économiques lorsque de graves violations se produisent.
Cela ne signifie pas rompre toutes les relations avec des gouvernements dont les systèmes politiques diffèrent des systèmes européens.
La diplomatie exige souvent un dialogue avec des partenaires difficiles.
Cependant, la commodité économique ne devrait pas effacer les normes juridiques et éthiques.
Russie
La politique européenne à l'égard de la Russie devrait combiner fermeté, dissuasion, diplomatie et maintien de la communication.
L'Europe devrait être capable de se défendre contre les menaces militaires et de réagir aux violations du droit international.
Des sanctions ciblées peuvent être légitimes lorsqu'elles sont liées à des objectifs politiques précis.
Dans le même temps, les canaux diplomatiques devraient rester ouverts.
La géographie ne peut pas être changée, et la sécurité européenne de long terme exigera tôt ou tard une forme de relation stable entre les pays européens et la Russie.
Le dialogue ne devrait donc pas être confondu avec la faiblesse, pas plus que la dissuasion avec une hostilité recherchée pour elle-même.
Chine
L'Europe devrait maintenir des relations économiques, diplomatiques, scientifiques et culturelles avec la Chine.
Dans le même temps, elle devrait réduire les dépendances stratégiques lorsqu'elles créent une vulnérabilité.
Cela concerne particulièrement :
- les matières premières critiques ;
- les télécommunications ;
- l'électronique ;
- les batteries ;
- les équipements industriels ;
- les produits pharmaceutiques ;
- les infrastructures numériques ;
- la fabrication stratégique.
L'objectif ne devrait pas être une séparation économique complète.
Il devrait être la diversification, la résilience et la capacité de fonctionner même si les relations politiques se dégradent.
Dépendances critiques
Aucun pays extérieur ne devrait être capable de désactiver une fonction européenne essentielle simplement en interrompant des exportations, des services, un accès logiciel ou un support technique.
Ce principe devrait s'appliquer à :
- l'énergie ;
- la défense ;
- les télécommunications ;
- l'informatique ;
- les produits pharmaceutiques ;
- les transports ;
- la finance ;
- les infrastructures scientifiques ;
- les machines industrielles ;
- les matériaux stratégiques.
L'Europe devrait identifier systématiquement de telles dépendances et les réduire avant qu'elles ne deviennent des crises.
Commerce international
Le commerce international est utile, mais il ne devrait pas primer sur les objectifs environnementaux, sociaux, fiscaux ou stratégiques.
L'accès au marché européen devrait être de plus en plus associé à des exigences réelles concernant :
- les normes environnementales ;
- les droits du travail ;
- la fiscalité ;
- la sécurité des produits ;
- la traçabilité ;
- la sécurité stratégique.
L'Europe ne devrait pas imposer des normes exigeantes à ses propres producteurs tout en acceptant des importations produites dans des conditions qui contournent systématiquement ces mêmes objectifs.
La politique commerciale devrait soutenir la résilience et une concurrence loyale plutôt que récompenser l'arbitrage réglementaire.
Coopération scientifique
La coopération scientifique devrait rester aussi ouverte que possible.
La recherche bénéficie des échanges internationaux, du partage des données, de la mobilité et des collaborations au-delà des frontières politiques.
Les scientifiques ne devraient pas être automatiquement traités comme des extensions de leurs gouvernements.
Les restrictions devraient donc être limitées aux cas impliquant des préoccupations légitimes de sécurité, des technologies sensibles ou de sérieux risques de transfert stratégique.
L'ouverture scientifique devrait rester la règle.
Développement international
L'Europe devrait maintenir de solides programmes de développement international.
Le soutien devrait se concentrer particulièrement sur :
- la santé ;
- l'éducation ;
- les capacités scientifiques ;
- les infrastructures ;
- l'eau potable ;
- l'énergie ;
- l'agriculture ;
- l'adaptation au changement climatique ;
- les capacités institutionnelles.
La politique de développement devrait viser à accroître l'autonomie de long terme plutôt qu'à créer une dépendance permanente.
Lorsque cela est possible, les programmes devraient transférer des connaissances et des capacités techniques en plus des ressources financières.
Institutions internationales
Les institutions multilatérales devraient être renforcées.
Des problèmes comme le changement climatique, les pandémies, la prolifération nucléaire, le commerce, les migrations, la coopération scientifique et la sécurité internationale ne peuvent pas être gérés efficacement par des États agissant seuls.
Les Nations unies et les autres institutions internationales restent imparfaites, mais leurs faiblesses constituent des arguments en faveur de leur réforme plutôt que de leur abandon.
L'Europe devrait travailler à renforcer :
- le droit international ;
- la diplomatie multilatérale ;
- le règlement pacifique des différends ;
- la coopération scientifique internationale ;
- les mécanismes de maîtrise des armements ;
- les institutions humanitaires.
Une Europe plus forte et des institutions internationales plus fortes sont compatibles.
L'Europe devrait être capable d'agir indépendamment tout en soutenant des règles qui réduisent le besoin d'actions unilatérales.
Coopérer sans dépendre
L'objectif de l'autonomie stratégique n'est pas l'autarcie.
L'Europe devrait commercer, coopérer, mener des recherches, échanger culturellement et construire des alliances avec des pays du monde entier.
Mais la coopération est plus saine lorsqu'aucun participant ne peut imposer sa volonté simplement en retirant l'accès à une technologie, une ressource, un marché ou une garantie de sécurité essentiels.
Les relations internationales devraient donc reposer sur l'intérêt mutuel plutôt que sur la dépendance structurelle.
Une politique étrangère européenne
Une Europe plus fédérale devrait progressivement développer une politique étrangère cohérente.
Les pays européens partagent fréquemment des intérêts qui peuvent être défendus plus efficacement ensemble que séparément.
Une stratégie européenne commune devrait coordonner :
- la diplomatie ;
- le commerce ;
- les sanctions ;
- l'aide au développement ;
- la défense ;
- la sécurité énergétique ;
- la politique industrielle ;
- la coopération scientifique ;
- les infrastructures stratégiques.
Cette coordination devrait rester sous contrôle démocratique des institutions européennes et nationales.
La politique étrangère ne devrait pas devenir le domaine exclusif d'un exécutif non responsable.
L'objectif
L'Europe devrait viser à devenir un acteur politique souverain capable de coopérer avec tous et de ne dépendre de manière critique de personne.
Sa politique étrangère devrait combiner :
- indépendance stratégique ;
- crédibilité militaire ;
- engagement diplomatique ;
- respect du droit international ;
- droits humains ;
- ouverture scientifique ;
- résilience économique ;
- coopération multilatérale.
La force ne devrait pas exiger la confrontation permanente.
L'indépendance ne devrait pas exiger l'isolement.
L'objectif est une Europe capable de choisir ses propres politiques plutôt que de voir ces choix déterminés par sa dépendance envers une autre puissance.